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VÉTERIMED / LÈTAGOGO

Entretiens avec agronome Hérauld Museau (responsable Vétérimed région Nord)
Limonade, 8 janvier 2009

Vétérimed est une ONG haïtienne qui œuvre pour l’autosuffisance et la souveraineté alimentaire en Haïti.
Sa mission est de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des familles de paysans en améliorant l’élevage qui est un élément central du paysage rural haïtien et un pilier de l’équilibre économique de sa population.

Les quatre principaux axes d’intervention de Vétérimed sont :

  • La production
  • La transformation
  • La diversification
  • Le renforcement organisationnel

PRODUCTION :
Le profil typique de l’exploitation paysanne haïtienne ressemble à la description suivante:
Une famille avec 4 enfants, une parcelle d’habitation (souvent trop petite pour la culture), une ou plusieurs autres petites parcelles (à 1/2h , 1h ou 1h1/2 de là) qui sont en cultures vivrières variées; un petit cheptel 1, 2 ou 3 vaches, quelques chèvres, 1 ou 2 porcs.

La stratégie de Vétérimed consiste à améliorer la condition de vie des familles en améliorant l’élevage qui est un enjeu économique crucial pour celles-ci.
Et pour atteindre cet objectif, plutôt que d’introduire de nouveaux systèmes, Vétérimed s’efforce d’améliorer le système d’élevage existant, de le rendre plus productif donc plus rentable pour les familles paysannes.

Élevage bovin surtout : la vache « indigène » qui est issue des différentes espèces importée en Haïti par les colons (surtout les Espagnols) est un très bel et robuste animal mais qui n’excelle ni sur le plan de la production laitière ni sur celui de la production de viande
Vétérimed s’est attaqué à ce défi par le biais d’un programme de formation visant à améliorer l’alimentation, la santé et la reproduction bovine.
Ce programme donne une formation de technicien vétérinaire aux enfants des paysans. C’est ainsi qu’est né le réseau InterVet, initié par Vétérimed mais qui fonctionne maintenant en  tant qu’entité indépendante et autonome. Ce réseau couvre maintenant l’ensemble du territoire Haïtien avec 1,600 techniciens-vétérinaires. Chaque année 30 nouveaux techniciens vétérinaires sortent de ce programme de formation.
Les résultats produits par ce programme ont commencé à être mesurables très rapidement : la saison sèche (de mars à juillet) causait jusqu’alors des pertes importantes au sein du cheptel de la région. En 2000, 80% des bovins sont morts de faim et de soif. En 2004 il n’y a eu que 12 mortalités dues à la sécheresse. Depuis 2006 il n’y en a plus du tout. Ces résultats ont été atteints en installant des puits collectifs auxquels peuvent êtres abreuvés jusqu’à 400 animaux, et en améliorant le fourrage avec des variétés plus résistantes à la sècheresse.
La productivité des vaches a considérablement augmentée, mais il reste encore des défis importants : en période relativement plus humide (de août à février) la production quotidienne moyenne est passée de 3 à 5 litres par jour. Par contre en période de canicule (5 mois par an) bien que les bêtes ne meurent plus, la production laitière baisse encore de 80%.
L’augmentation de la production laitière en dehors de la période de sécheresse a été tellement importante que cela a généré une conséquence négative qui est devenu un nouveau défi : le prix du lait chute au cours de cette période d’abondance. Vétérimed et les producteurs de lait ont relevé ce défi d’une façon originale:
D’une part en soutenant les producteurs à se structurer et à s’organiser collectivement pour faire cohésion face aux dictats des acheteurs de lait . D’autre part en créant une industrie de transformation artisanale, les micro-laiteries « Lètagogo » qui sont gérées par les associations de producteurs et qui permettent aux producteurs de bénéficier d’un revenu prévisible toute l’année, avec un prix stable, indépendant des spéculations des acheteurs de lait « conventionnels ».


Le prix du lait sur le marché conventionnel peut varier entre 70 et 20 gourdes par gallon US (3.78 L). La laiterie l’achète à 50 gourdes tout au long de l’année.
L’APWOLIM (Association des Producteurs de Lait de Limonade) est passé de 80 à 480 membres (dont 170 femmes) en l’espace de 5 ans. C’est une organisation qui a acquis une crédibilité qui lui vaut maintenant d’être entendue en haut lieu et même de négocier avec le gouvernement au sujet d’enjeu stratégiques cruciaux pour le développement de l’économie rurale (comme la réforme agraire).

Il y a maintenant 15 micro-laiteries reparties dans tout le pays fonctionnant selon le modèle de la « franchise » Létagogo et qui produisent principalement du lait pasteurisé en bouteilles, du Yaourt, et du fromage.

La laiterie de Limonade a été le projet pilote à partir duquel le modèle d’affaires a été élaboré et raffiné, puis reproduit dans les autres régions du pays. Cette laiterie est la propriété d’APWOLIM (association des producteurs) et gérée par un conseil d’administration formé de représentant de 4 associations locales :
APWOLIM, InterVet (réseau de techniciens vétérinaires), AFLIDEPA (organisation de femmes dont beaucoup sont des productrices laitières « célibataires »), et MKAD (Mouvement Coopératif agricole Dubout).

Une fois que la laiterie est en opération, le rôle de Vétérimed consiste alors essentiellement à maintenir les normes de qualité que les micro-laiteries doivent respecter pour pouvoir opérer sous la bannière Lètagogo  et à agir en tant que conseiller. Les produits Létagogo sont fabriqués exclusivement avec du lait naturel (aucun ajout de lait en poudre n’est toléré).

Publié il y a 1 an et 7 mois à 2:36.


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